“J’ai honte de dire que je suis en difficultés”. Gail Emms, médaillée olympique GB

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J’avais envie de vous faire partager un témoignage que je viens de lire d’une sportive qui parle de l’après-carrière. J’ai beaucoup aimé sa simplicité et la manière de raconter son expérience de manière très directe mais tellement à l’image de ce que ressentent de nombreux sportifs en fin ou après leur carrière. Ce témoignage renforce encore plus l’idée de l’importance de l’accompagnement qui suit la carrière et qui permet de faire face à cette période d’incertitude.

Voici donc la traduction de ce témoignage en français et le lien vers l’article original à la suite (qui dispose de beaucoup de témoignages de sportives)

J’en ai une bonne pile maintenant… de lettres de ma banque me disant que j’ai encore oublié de payer mes factures de téléphone, d’électricité ou mes impots. A chaque fois que je les ouvre, ça me rappelle que j’ai l’impression d’échouer. Que moi, Gail Emms, médaillée olympique d’argent, je suis un échec.

Toutes les personnes qui sont dans ma situation financière pourraient témoigner, cela est blessant. J’ai beaucoup pleuré et fait ce qu’il fallait pour le paiement, vendu mes affaire sur Ebay, espérer que cela serait suffisant pour le mois suivant. Il y a de bons mois où je fais ce qu’il me plait le plus, donner de l’inspiration aux enfants dans les écoles, faire des conférences de motivation dans des évènements « femmes et business ». Mais cela devient difficile chaque année de conserver mes clients et d’avoir d’autres oppportunités.

Je suppose que j’aurais dû voir les signes avant coureur et commencer à faire des plans pour penser à d’autres possibilités de travail. J’ai cherché du boulot depuis quelques mois, envoyer des mails, appeler des personnes que je connaissais, envoyer des candidatures et même envoyer des mails à des personnes que je ne connaissais pas, dans l’espoir vain que quelqu’un pourrait reconnaître mon potentiel.

Un rejet, un autre «vous n’êtes pas prise pour l’interview» et mes démons sont venus me chasser à nouveau. Un sportif est basé sur son égo et le sentiment d’être grand. Un sportif est ambitieux, déterminé et veut montrer ce qu’il sait faire. Le rejet, l’échec, la défaite ne sont pas envisagés.

Mais, pourquoi quelqu’un voudrait m’employer? J’ai un C.V où il y est écrit « a fait du badminton au niveau professionnel pendant 10 ans ». Je viens d’avoir 40 ans. Je n’ai pas d’autres diplômes que celui en STAPS que j’ai eu en 1998. Je n’ai aucune expérience en entreprise.

Je serais un pari. Il faudrait me guider un peu et il n’y a peut-être pas de travail dans le sport actuellement. Je ne peux pas faire aller ma baguette magique et attendre que quelqu’un m’offre du travail.

On parle beaucoup de l’accompagnement des sportifs après leur carrière, au niveau psychologique. En ce moment, j’ai besoin de cet accompagnement. Je me sens perdue, sans savoir quelle direction prendre, sans objectif, sans carrière, sans identité et sans savoir vers qui me diriger.  J’aimerais représenter un modèle pour ma famille, me sentir appartenir quelque part et avoir une équipe à nouveau. Mentalement, je ne sais pas si je peux encore gérer d’autres rejets, d’autres obstacles, sentir que je perds encore. Je ne sais pas vers qui me diriger.

BIRMINGHAM, UNITED KINGDOM – JULY 23: British Olympic badminton player Gail Emms poses for a picture during a press day at the NIA on July 23 2008 in Birmingham England (Photo by Mark Thompson/Getty Images)

Je connais le sport et les sportifs. Je l’ai vécu, respiré, fait sa promotion, était ambassadrice pour une marque. A présent, il y a quelques idiots qui me disent d’aller m’inscrire à un diplôme de marketing et qui se foutent bien que je puisse être une valeur ajoutée à leur équipe de marketing.

Il y en qui ne répondent pas aux mails ou aux messages ou qui prennent deux ou trois semaines pour me répondre. Il paraît que c’est normal dans le monde des affaires. Mais pour quelqu’un qui panique et qui s’inquiète de ne pas pouvoir payer ses factures le mois prochain, c’est deux ou trois semaines de trop!

Je me sens honteuse et c’est un accroc énorme dans ma fierté d’admettre qu’une championne olympique puisse être en difficulté. Ce n’est pas uniquement une question d’argent, c’est une lutte mentale avec laquelle je dois me battre en ce moment. Je suis plutôt de nature optimiste mais je me demande si les instances sportives ont idée que leurs athlètes puissent tomber dans cette situation. Je suis en retard de 15 ans pour démarrer ma carrière. J’ai arrêté le sport, eu une famille et je sais que je devrais être reconnaissante pour tout ce que j’ai. Mais mon for intérieur et mon ambition ne peuvent pas s’éteindre comme cela. J’ai besoin de plus. Et je peux faire plus. Si l’on me donne la chance.

Si vous me voyez en tant que barista chez Starbucks, ne pensez pas que je suis en train de rigoler, je m’excuse dès maintenant si je n’arrive pas à écrire correctement votre prénom!

Gail Emms MBE a été l’une des sportives les plus récompensées en badminton en Grande-Bretagne, ayant gagné une médaille d’argent en double mixte en 2004 aux Jeux d’Athènes. Elle a également remporté avec son partenaire Nathan Robertson, une médaille d’or aux championnats du monde en 2006, aux jeux du commonwealth et également aux championnats européens en 2004. Elle a été six fois championne de Grande-Bretagne de double mixtes et 5 fois en doubles femmes. Depuis sa retraite après les Jeux Olympiques de Pékin,  elle a été présentatrice sportive à la télé. Elle est membre de l’ordre de l’empire britannique (distinction grâce à ses services dans le badminton). Elle a 2 enfants.

Vous pouvez retrouver l’article original

‘I’m ashamed to admit I’m struggling’

psycholo

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