Coupe Davis: Le mental en question?

Publié par Sophie Huguet le

-Yannick Noah a sabré le vaisseau Bleu hier avec une déclaration fracassante sur l’échec de l’Equipe de France en Coupe Davis: « J’ai toujours dit qu’un match se gagnait avant. J’ai senti qu’on l’avait perdu, avant ».  Noah fait partie de nombreux observateurs (et médias) qui imputent la défaite de l’Equipe de France a l’attitude, au comportement sur le terrain. La question du mental des joueurs revient en boucle et m’a donc suscité quelques questionnements et réflexions.

La première question est celle de la validité de cette question. Pourquoi nécessairement remettre en question le mental des joueurs alors que la raison principale de la défaite repose d’abord sur les adversaires? En face, il y avait le n°2 mondial (accessoirement détenteur du record de victoire en Grand Chelem) et l’actuel n°4 qui a remporté son premier GC cette année. Un double palmarès, une expérience inégalée et donc potentiellement une équipe qui aurait pu gagner contre n’importe qui et quel que soit le sélectionneur à la tête de l’Equipe de France. N’importe qui se serait confronté à cette problématique: Comment battre Roger et Stan?  A part le match de Federer-Monfils où Monfils a joué sa carte et a été à la hauteur de l’évènement, les autres matchs n’ont pas permis le suspense. Mais principalement parce que Roger et Stan ont été à leur meilleur niveau.

Je me demande si tous les Français n’ont pas rêvé revivre ce fameux week-end où le Capitaine Noah a sorti de sa poche le joker Leconte et a réussi son fameux coup de poker en 1991. Je me demande si l’opinion aurait été différente si les matchs avaient été disputés et que l’on aurait eu une réelle opposition. Est-ce que la défaite des français aurait été acceptée? Il faut admettre que ce n’était ni le même contexte, ni la même équipe que 1991 et que les Français auraient pu perdre même s’ils s’étaient battus comme des diables. C’est donc cela que les médias reprochent à l’Equipe: d’avoir donné l’impression de ne pas se battre (à part Monfils). Il faut donc forcément des fautifs et évidemment le capitaine (et ses choix) est remis en question et aussi l’attitude de Tsonga.

Oui, mais on peut tous convenir que le tennis n’est pas une science exacte et que malgré des adversaires de prestige, l’Equipe de France avait une possibilité de l’emporter. Pour cela, il aurait fallu mettre un grain de folie, que les joueurs se surpassent et qu’ils sortent le match parfait contre les meilleurs au moment le plus important de l’année devant 27 000 spectateurs. Rien que de penser à tout ces paramètres, cela donne le vertige. L’équation était difficile à résoudre. Et c’est là que la question du mental arrive.

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Tout d’abord, le fait de se préparer à affronter une équipe supérieure tient à la confiance en soi et à la croyance que sur un match, tout reste possible. Et Noah a un peu raison sur ce coup-là, une Coupe Davis peut se gagner avant, avec une mise en condition et que l’accent soit mis sur ce paramètre de confiance. A mon sens, il n’agit pas uniquement de discussion avec le groupe ou le joueur mais un vrai travail, une capacité à remettre en question le joueur sur ses capacités et à l’amener à cette croyance. C’est aussi la possibilité d’exprimer ses doutes. Est-ce qu’un joueur peut dire à un capitaine qu’il ne se sent pas à la hauteur? Est-ce qu’un capitaine peut alors comprendre sans juger? Est-ce que l’on peut simplement discuter de cela sans sentir que cela sera un motif pour ne pas être sélectionné? Car il est évident qu’une finale de Coupe Davis amène un surplus d’émotions et qu’il n’ait pas aisé de les gérer. On ne peut absolument pas remettre en question l’envie et la motivation des Français à vouloir donner le meilleur d’eux-mêmes et de remporter cette Coupe, mais on peut se demander si les enjeux ne les ont pas pris à la gorge.  Amener de la confiance à un joueur n’est pas qu’une affaire de discussion, c’est aussi une compétence particulière qui pourrait être géré par un psychologue du sport. 

Ensuite, se pose la question de la défaite de Tsonga contre Wawrinka. Ce n’est pas humiliant de perdre contre un joueur plus fort que soi. Mais je me demande pourquoi Tsonga a exprimé aux médias des griefs contre le public. Même s’il a ressenti un manque de soutien de la part des Français, cela a été maladroitement exprimé (surtout après son absence sur le double et le deuxième simple). C’est triste pour Tsonga, qui a de grandes capacités mais il aurait dû exprimer cela à une tierce personne. Là aussi, se pose la question d’avoir un intermédiaire, qui puisse gérer cette défaite, dure à encaisser et qui fallait trouver le ressort pour lui donner à nouveau confiance.

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Enfin, il y a aussi un paramètre important: le troisième joueur, le public. A domicile, il est censé aider le joueur à se dépasser. Ce n’est pas ce qui s’est produit. Mais je me pose la question de la gestion de cet immense public qui a peut-être ajouté une pression supplémentaire et qu’ils n’ont pas réussi à gérer. A la question de mettre en place une préparation spécifique sur ce point, Clément a répondu: « Il n’y aura pas d’intervention extérieure. Après, on va en discuter entre nous. Mais ce sera surtout une approche individuelle, un travail de visualisation comme les gars en ont l’habitude quand ils vont sur un nouveau court ou une nouvelle salle. A fortiori en Coupe Davis, où ça arrive régulièrement, dans des ambiances très différentes. Le court, ils l’ont bien en tête. Reste à l’imaginer avec du monde, du bruit, du bleu, etc. Mais je ne sens aucune appréhension chez les joueurs, plutôt de l’excitation.». Après coup, on a quand même bien tous ressenti l’appréhension malgré tout.

Alors je me pose la question. Pourquoi ne fait-on jamais appel à un spécialiste? Est-ce par pêché d’orgueil ou est-ce lié à la mauvaise réputation que se traîne le psychologue du sport, perçu comme un gourou, qui pourrait désavouer le rôle du capitaine et mettre en exergue la faiblesse des français sur ce point? Je pense au contraire que faire appel à un spécialiste est un aveu d’ambition, d’avoir envie d’explorer de nouvelles pistes de préparation et de se donner les moyens de tout essayer. Alors, pourquoi ne pas tenter de nouvelles choses?

Mais attention à la manière. On ne peut pas faire intervenir quelqu’un qui ne connaît pas les joueurs et qui viendrait sur un stage tenter de gérer tout ces paramètres. Cela doit se mettre en place sur une année (au moins) car pour que les joueurs se confient, il faut une confiance qui s’établisse, une bienveillance et aussi qu’il y ait une synergie avec le reste de l’équipe. Il ne faut pas compter sur l’effet magique (que l’on espère souvent) de la préparation mentale. C’est un vrai travail qui, du fait du rôle à part et de la neutralité, peut aider à la fois le joueur, le capitaine et le groupe à confier ses doutes, prendre du recul sur les décisions et les comportements et peut-être amener un petit plus supplémentaire.

Alors, je me demande pourquoi on parle toujours autant de mental et que l’on ne se toujours pas les moyens d’avancer sur cette question?


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