L’équipe de France de football et le « profileur »

Publié par Sophie Huguet le

laurent-blancL’équipe de France de football nous a habitué aux mystères. D’abord celui de son précédent sélectionneur qui se gardait de donner des détails à propos de sa préparation et mettait autour de l’équipe un halo d’énigmes comme pour laisser planer le doute sur ses propres compétences. Et le résultat fut sans appel. L’équipe a souffert et vit maintenant dans un préjudice vis-à-vis des autres équipes du monde entier. Elle doit se reconstruire et en faisant appel à Laurent Blanc, a l’espoir d’effacer des tablettes les mauvais résultats de la Coupe du monde.

Ainsi, Laurent Blanc apporte son lot de nouveauté et le dernier en date a fait beaucoup parlé, car comme de coutume, il est entouré de mystère.

On parle de l’arrivée d’un « profileur » dans l’équipe, un spécialiste qui aiderait à maximiser la performance des bleus. Il faut comprendre par là d’aider Laurent Blanc à comprendre qui sont ses joueurs, quelles sont leurs qualités mentales et surtout comment les amener à la meilleure cohésion. Si la tentative de faire appel à un spécialiste est une réelle bonne nouvelle, car il me semble que l’équipe doit pouvoir se débarrasser de leurs pensées négatives, cependant le doute plane sur la personne choisie et les méthodes.

Un « profileur », c’est quoi ?? Ceux qui regardent les séries télés américaines connaissent déjà ce qu’est un profileur. C’est celui qui détermine le profil d’un meurtrier à partir d’indices de scènes du crime et permet d’éclairer le travail de la police sur le profil recherché. Certes, il a dans sa besace une formation en psychologie, psychiatrie et criminalité. Mais alors, on ne voit pas bien ce que vient faire un « profileur » sur un terrain de football ? On appelle aussi « profileur » celui qui dans une entreprise aide à brosser la personnalité d’un futur employé. Bref, c’est la personne qui analyse la personnalité à partir de questionnaires-entretiens et participe activement à te mettre dans des cases très précises.

Ce qui est intéressant dans cela est que ce n’est pas anodin en soi de faire appel à un « profileur » plutôt qu’un préparateur mental ou psychologue du sport. Un « profileur » laisse planer le doute sur son rôle et Laurent Blanc a même précisé que l’on ne connaîtrait pas l’identité de la personne, mais l’homme pourrait être un ancien cadre de Bouygues spécialisé dans les portraits psychologiques.

Alors, je me pose plusieurs questions à ce sujet. La première est celle de ne pas dévoiler l’identité de la personne. Je ne comprends pas cette démarche, car elle participe ainsi à ne pas faire confiance à une personne venue de l’extérieur. Cela s’explique peut-être au regard du harcèlement des médias sur la question ; Laurent Blanc veut maîtriser l’information sortante de son équipe à tout prix. Il serait pourtant intéressant de comprendre le rôle exact de ce nouveau venu dans l’équipe du sélectionneur et de lui laisser la parole.

Pourtant, tout ce mystère autour du spécialiste apparaît symptomatique du football qui se refuse à faire appel à un psychologue ou est très réticent quant aux investigations du côté mental, alors qu’il aurait tout à gagner à faire entrer des spécialistes dans leurs préparations. Mais ce cas du « profileur » n’encouragera certainement pas d’autres équipes à s’adjoindre les services d’un préparateur mental. 

Ainsi on se refuse à parler de préparateur mental ou de cette horrible appellation de « psychologue » ! Il nous dit « On va y aller doucement, car dès qu’on parle de psychologie, de psychiatrie, ça fait peur ». Qu’est-ce qui fait peur exactement ? Puis il ajoute « ce n’est pas dangereux. Ne croyez pas qu’on s’est mis dans une pièce noire et qu’on s’est allongé sur un divan ». Avec tout le respect que j’ai pour Laurent Blanc, je me dis que si lui à ce niveau est si ignorant des pratiques de la psychologie du sport, je me demande ce qu’il en est à des niveaux inférieurs, et me dit que le football n’assumera jamais l’entrée d’un psychologue dans ses rangs, si dans la tête du sélectionneur on a « peur » ou que l’on pense que cela « peut être dangereux ». Je me demande ce que Laurent Blanc imagine exactement quand il parle de cela et s’il maîtrisait les tenants et les aboutissants d’un vrai travail psychologique, au contraire, il pourrait informer et enseigner correctement à ses joueurs le rôle du psychologue. Peut-être qu’il s’imagine que le psychologue du sport est un gars qui arrive avec ses gros sabots dans les vestiaires et qui demande aux joueurs de s’allonger sur leurs bancs pour parler de leur enfance voire qu’il manipule l’esprit des joueurs jusqu’à les faire passer pour de simples marionnettes ? Sur ce point, les pays anglo-saxons, dans leur mentalité, sont plus évolués et ont une meilleure image du travail psychologique au sein du football.

Donc, puisque le psychologue « fait peur », on comprend la venue d’un « profileur », où l’origine et ce qu’il va faire n’est pas contenu dans son nom, et il est à parier que les joueurs qui auront l’effet d’intrigue autour de cette appellation, se prendront au jeu plus facilement.  Certes cela peut être intéressant dans le cadre d’une équipe et comme le dit Blanc : « Beaucoup de sportifs de haut niveau ont un préparateur mental même si c’est encore un peu plus délicat dans les sports co, ça a un avenir.” Mais une fois la personnalité connue, cela ne l’aidera pas forcément à constituer son équipe idéale car il faudra prendre en compte les relations entre les joueurs, la confiance en soi du moment, les doutes et aussi toutes les histoires qui viennent polluer la tête d’un sportif le jour de la compétition. L’opération du « profileur » semble donc limitée dans son champ d’action et la présence d’un préparateur mental avec un suivi longitudinal aurait beaucoup plus d’impact que l’analyse de personnalité.

Certes Laurent Blanc tatônne avec la question, car il n’en est pas à sa première expérience, mais confie que la tentative d’amener un profileur dans l’équipe de Bordeaux avait avorté, « en raison de la qualité du profileur ». Il se dit «  les joueurs de Bordeaux avaient l’impression d’être jugés en permanence, de s’éloigner de la notion de plaisir ». Effectivement, peut être qu’ils n’avaient pas trouvé la bonne personne et que beaucoup de spécialistes-charlatans circulent dans le petit monde fermé du football.

Alors, il a trouvé sa personne idoine, avec l’entrée de ce profileur, et espère « dénicher les compatibilités » et insiste surtout sur la connaissance d’eux-mêmes que n’ont pas les joueurs. Et là je me dis que c’est un travail de longue haleine et que ce n’est pas un questionnaire de cinquante questions qui aidera le sportif à se connaître. Encore une fois, pour être efficace et installer une confiance nécessaire aux confidences (car c’est là le travail le plus essentiel), il faut la présence discrète mais active d’une personne qui fait partie de l’encadrement et qui est même joignable en dehors des compétitions. Un suivi me paraît donc plus que nécessaire.

Si l’utilité de ce nouveau venu semble être clair dans la tête de Laurent Blanc, les joueurs n’en semblent pas encore convaincus. Comment le seraient-ils à partir du moment où ils ont une méconnaissance sur le travail même de la personne avec qui ils vont se livrer ? Sur ce point, il faut un travail de fond et aussi apporter une clarté sur les buts de l’opération qui permettront aux joueurs de se sentir à l’aise avec cette initiative.

Je me dis qu’être sélectionneur, c’est avant tout assumer ses choix et Laurent Blanc a au moins le mérite de toucher du doigt le paramètre mental qui semble faire défaut à l’équipe. Reste à savoir comment l’expérience fonctionnera et surtout si elle fera évoluer les mentalités sur la question de la préparation mentale dans le foot.

 


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