Entretien avec Virginie Lemaire de Bressy, Dr en Psychologie du sport

Publié par Sophie Huguet le

virginielemaire Qu’est-ce qui t’a donné le déclic pour travailler dans la psychologie du sport ?

Tout simplement, c’est mon expérience sportive personnelle qui m’a donné le déclic. Gymnaste avec un bon potentiel à l’entrainement, j’obtenais pourtant des résultats peu satisfaisant en compétition. Stress non géré, manque de confiance en soi et difficultés de concentration ne sont pas des alliés lorsque l’on doit, par exemple, effectuer des mouvements très précis sur une poutre. L’aspect mental du sportif n’était pas pris en compte à l’époque et je suis donc restée en dessous de mes compétences durant quelques années. Plus tard, à la faculté de sport, j’ai découvert les vertus de la psychologie du sport au travers d’un banal exposé. Le sujet m’attirait sans savoir pourquoi, mais j’ai très vite compris les raisons de ce choix… je me reconnaissais parfaitement dans le profil des sportifs concernés. J’ai dévoré des livres et des articles sur le sujet et j’ai appris plusieurs techniques pour me détendre, pour me relâcher, pour me concentrer, pour gagner en confiance, pour croire en mon potentiel et surtout pour me faire plaisir. Au final, je suis parvenue à faire mes premiers podiums et à obtenir ma première médaille d’or ! Mon seul regret fut de ne pas avoir connu ces techniques plus tôt, sans doute par manque d’information et de communication autour de cette notion capitale qu’est le mental. Forte de cette première expérience j’ai voulu creuser le sujet, en savoir toujours plus et surtout j’ai souhaité partager mes connaissances avec d’autres personnes en en faisant mon métier. Pour que plus aucun potentiel ne soit laissé de côté pour de mauvaises raisons.

Quelle formation as-tu suivi ? (et quelle est ton appellation exacte : psy, préparateur mental…)

J’ai un parcourt assez atypique. J’ai d’abord commencé par la faculté de sport où j’ai découvert la psychologie du sport grâce au fameux exposé introduit plus haut. Initialement, je voulais être professeur de sport (toujours avec cette volonté de partager), mais un problème de santé m’a éloigné de ce premier objectif. Incapable de faire du sport, j’ai dû reconsidérer les choses sous un angle différent. Ce qui m’est apparu à l’époque comme un drame, m’apparaît aujourd’hui comme un signe salutaire. J’ai terminé ma licence en me spécialisant dans le sport pour les personnes ayant un handicap (faut-il y voir un lien ?). Puis j’ai voulu approfondir mes connaissances sur le côté purement mental du sportif et j’ai choisi la faculté de psychologie où j’ai obtenu une licence et un master. Pour lier au mieux ces deux expériences (psychologie et sport), je suis partie en Angleterre pour finaliser ma formation grâce à un doctorat en psychologie du sport. Mon titre exacte est donc désormais : docteur en psychologie du sport.

Quels sont les outils ou méthodes que tu utilises dans ton travail avec le sportif ?

Je pars du principe que je propose aux sportifs un « entrainement mental ». Autrement dit, comme pour tout type d’entrainement (physique, technique ou tactique) je propose des méthodes très concrètes et des exercices à faire régulièrement pour s’entretenir. Une évaluation en début, milieu et fin d’entrainement, permet d’observer concrètement les progrès effectués et les améliorations encore nécessaires. Les méthodes et exercices proposés s’adaptent bien entendus aux besoins du sportif. Cependant, pour synthétiser, je peux utiliser des questionnaires ouverts pour amener le sportif à se penser différemment, je peux aider le sportif à structurer sa préparation en entrainement et compétition, je peux aussi proposer des techniques de respiration, de relaxation, de visualisation, de PNL…

 Est-ce que tu les accompagnes en déplacement ?

C’est une possibilité qui présentent certains avantages pour le sportif. Notamment celui de prévoir un « sas de décompression », une chance de parler avec quelqu’un de compétent et de confiance de certaines pensées de dernières minutes qui peuvent bloquer la performance. Avec le temps, le préparateur mental connait parfaitement les mots qui peuvent stimuler ou calmer le sportif. De plus, si le déplacement est assez long, c’est bon moyen pour entretenir et approfondir sur le terrain les méthodes développées en entrainement.

Quel type de relation entretiens-tu avec tes sportifs ?

Tout dépend du sportif, de ses problématiques, de ses attentes et de ses besoins. Certains demandent une certaine proximité comme peuvent l’avoir un coach et son « poulain », d’autres attendent plutôt une certaine distance comme c’est le cas dans la relation psychologue/patient. Chaque sportif est différent et il convient pour le préparateur mental de savoir s’adapter.

Quel est ton objectif personnel quand tu travailles avec un sportif ?

Mon objectif personnel se résume en une phrase : « contribuer à l’amélioration du bien-être et de la performance du sportif ». Les deux aspects : bien-être et performance son effet étroitement liés. Je suis donc particulièrement ravie quand je constate qu’un sportif renoue avec le plaisir de sa pratique, qu’il (re)découvre de nouvelles sensations et bien entendu, qu’il progresse significativement dans ses performances. Même s’il n’y a que le sportif lui-même qui détient le pouvoir d’avancer, c’est toujours une immense satisfaction personnelle que de contribuer à son épanouissement.

Quelles sont les principales barrières qui empêchent un sportif de réussir selon toi ?

Il y a énormément de croyances négatives, de barrières qui peuvent empêcher le sportif de progresser. Elles sont d’ailleurs autant nombreuses qu’il existe de sportifs !

Mais puisqu’il faut choisir, il existe deux principaux freins à la performance d’un point de vue mental :

– D’abord, la phrase classique : « je n’en ai pas besoin » !

Combien de fois ai-je entendu cette phrase… Et pourtant, nous en avons tous besoin. La seule raison valable est « je ne souhaite pas m’investir davantage dans mon sport et progresser ». Pour tous les autres qui désirent avancer dans leur sport, qui veulent améliorer leurs performances et progresser significativement, pour ceux la, la préparation mentale est un besoin, au même titre que tous les autres types d’entraînements. Bien entendu, certains sportifs ont plus de travail à faire que d’autres et certaines problématiques peuvent paraitre plus évidentes, mais nous avons tous une marge de progression énorme qui peut être envisagée si l’on considère à sa juste valeur l’aspect psychologique. Il ne faudrait pas travailler mentalement uniquement lorsqu’il y a un problème. La préparation mentale peut et doit intervenir avant, car même à petite dose, elle permettra d’éviter certaines erreurs et d’accroitre les compétences.

– Ensuite la phrase trop fréquente : « ça y est je suis fort mentalement, je n’ai plus besoin de travailler ». Pour faire un parallèle plus évident, cette phrase pourrait se traduire d’un point de vue préparation physique par : « ça y est, j’ai fait assez de pompes, j’ai suffisamment de muscles dans les bras pour ne plus travailler jusqu’à la prochaine compétition »… Malheureusement, nous le savons tous, ce n’est pas le cas. Et j’ai vu trop de sportifs perdre tous leurs avantages par manque de régularité et de constance dans le temps vis-à-vis de leur préparation mentale. Cette sensation d’acquis trop rapide peut donc devenir un frein certain à la réussite.

Est-ce que tu travailles avec d’autres personnes que des sportifs ?

Oui, bien sûr. Très vite, je me suis aperçue que les aspects mentaux essentiels en sport (gestion du stress, préparation, concentration, motivation, confiance en soi, calme…) étaient les mêmes dans tous les autres domaines de la vie. Ne dit-on pas que le sport est une école de la vie ?

De ce fait, je travaille aussi avec des entreprises, des cadres, des étudiants, des particuliers… En fait tout le monde peut trouver dans le travail sur soi une marge de progression évidente pour atteindre ses objectifs.

Quel est ton meilleur souvenir?

J’ai du mal à définir un souvenir en particulier. Je crois que chaque fois qu’un sportif remporte une victoire (sur lui ou sur les autres), c’est un formidable moment pour moi aussi. Lorsque vous voyez un sportif reprendre confiance, donner enfin le meilleur de lui-même ou obtenir le titre tant espéré, comment ne pas en garder un excellent souvenir ?

Où se trouve ton cabinet ? et comment les sportifs peuvent te contacter ?

Mon bureau se trouve à Nice. Mais je travaille aussi beaucoup par téléphone, donc la distance géographique n’est un frein. Les sportifs peuvent me contacter par mail ou par téléphone. Toutes mes coordonnées sont sur le site http://vpro-coaching.fr/

Merci !

 

 


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