Le pouvoir de l’imagerie mentale. Témoignage d’Axel Allétru

Publié par Sophie Huguet le

Un parcours hors du commun

Par le hasard d’internet, je suis tombée sur un TedX où un ancien champion de motocross parlait de sa reconstruction après un accident qui l’avait rendu paraplégique. Ce champion, c’est Axel Allétru. Ce jeune homme de 28 ans a déjà eu plusieurs vies. D’abord celle d’un champion de BMX à un très jeune âge. Puis champion de motocross où il a enchaîné les titres de Champion de France et d’Europe qui l’ont amené à signer dans une équipe professionnelle. 

En juin 2010, Axel chute de moto lors du championnat du monde et se blesse gravement. 

Sa moelle épinière est endommagée et la médecine ne lui laisse aucun espoir de remarcher. A force de persévérance et de travail mental, Axel réussit maintenant à marcher à nouveau.

Il m’a parlé de son parcours et de l’utilisation de l’imagerie mentale dans son processus de reconstruction. 

La force de l'imagerie mentale

Avant l’accident, étais-tu intéressé par la dimension mentale et sa préparation?

J’étais sportif de haut niveau. J’avais des notions de préparation mentale et j’avais fait de la sophrologie. Mais l’accident m’a fait apprendre énormément sur mon corps. Je savais que le mental était nécessaire mais dans la pratique, il n’y avait pas un vrai travail. J’ai développé la visualisation après l’accident. 

Tu as parlé de l’importance de la visualisation dans ton parcours de reconstruction et pendant ta rééducation dans ton TedX, peux-tu développer ta démarche?

En fait, la visualisation, on peut l’utiliser pour tout: au quotidien, pour avoir une belle maison, si tu veux te marier ou avoir des enfants, avoir une entreprise. Quand tout va bien, on ne mesure pas l’intérêt de la visualisation. J’ai été confronté à cette obligation de travailler mentalement. Je travaillais mentalement cette image où j’essayais d’inculquer au plus profond de mon subconscient cette image où je me voyais debout en train de remarcher. C’était limite presque réel. Tellement j’y pensais, les émotions sortaient en moi, de me revoir debout comme avant. 

Tu as visualisé en utilisant les émotions que tu ressentais?

Oui. De courir, de revoir un moment heureux, comme par exemple: courir quand il fait beau, dans les bois. J’essayais d’utiliser ce genre d’image en rééducation. C’était très éprouvant mentalement parce que j’y pensais tout le temps. C’était pendant la sieste, quand j’attendais ma kiné, le soir au moment de me coucher, sur la route. Avant, je ne connaissais pas le potentiel de la visualisation. J’étais jeune et je ne voyais pas l’intérêt de visualiser une course. Je l’ai utilisé après dans la natation. Ca m’a permis de préparer des compétitions importantes. 

Donc tu l’as utilisé pour tes compétitions de natation après ton accident?

Oui, parce qu’en natation tu t’entraînes pour un chrono qui va durer moins de trente secondes. Si tu loupes ton départ, tu t’es entraîné pour rien. C’est hyper important de visualiser chaque moment de la compétition. Par exemple, lors des championnats de France. Je ne m’étais pas entraîné avant.  Je me suis dit que j’allais y aller pour m’amuser, que je ne ferais pas les mêmes temps que lorsque je m’entraînais 2 fois par jour. 

On a été bloqué dans l’avion pendant 3 heures. Je me suis dit que j’allais faire du travail mental pendant ce temps. J’ai essayé de visualiser la course parfaite: un départ canon, une bonne fréquence de bras, un placement de mains parfait. Et, le lendemain, je me qualifie pour les finales avec un bon temps. Je me sentais bien et me sentais relâché. En finale, coulée parfaite, premier placement de bras extraordinaire, fréquence au top, toucher parfait. Je fais un des meilleurs temps que j’ai réalisé dans ma carrière alors que je ne m’étais pas entraîné. Là, je repense aux 3 heures d’image mentale que j’ai fait dans l’avion. Je me remets en question mais je me dis que ça marche. 

 

Est-ce que tu penses que le fait que tu étais sportif de haut niveau t’a permis de mettre en place des stratégies, comme la visualisation, de rester positif pendant la rééducation?

Je ne sais pas si cela m’a aidé. Le bilan que je fais est que l’on soit sportif de haut niveau ou non, quand on est face à un mur et qu’on décide de se battre, soit on s’en sort ou soit on lâche tout. Un coéquipier qui a eu le même accident a fait une dépression alors qu’il était champion du monde. En rééducation, j’ai vu des gens qui n’étaient pas sportifs de haut niveau et qui ont réussis à dépasser leurs limites. C’est de la survie. Quand t’es confronté, tu dois aller chercher des ressources et cela n’est pas lié au fait d’être sportif de haut niveau.

 

Un processus par étapes

Mais est-ce que tu avais cet instinct de survie avant? 

C’est bizarre mais je pense que j’ai eu cet instinct à mon plus jeune âge, vers 6-10 ans. J’ai eu l’impression de le perdre vers les 12-13 ans. Et je l’ai retrouvé après l’accident. Quand j’étais petit, je démarrais la course de vélo et perdre était une question de vie ou de mort. Je faisais deuxième, je pleurais, je pétais un plomb, j’étais fou. Alors qu’en moto, je faisais des mauvaises perfs et je l’acceptais. Je ne pense pas que j’étais encore dans ce mode guerrier. Je pense que je l’ai perdu parce que j’ai eu pas mal de blessures et j’ai commencé à me dire que ce n’était pas une question de vie ou de mort. Petit, en BMX, je n’avais jamais eu de blessures et je ne me posais pas de questions. L’accident m’a obligé à mettre en place ce processus. 

As-tu appris à mettre en place des stratégies pour gérer tes émotions?

On me pose souvent la question, de savoir si j’ai eu des moments de colère, de regret. Je n’ai pas eu cette étape. Quand j’étais à l’hôpital, j’ai tout de suite été dans un état d’esprit où je savais que ce serait un moment dur, où il faudrait serrer les dents pendant plusieurs années. Je pensais au fait que je repartais d’un point zéro: être en fauteuil roulant et ce qui allait se produire dorénavant ne serait que de bonus. Je ne pourrais qu’évoluer. Je me suis inscrit dans un schéma d’objectifs de rééducation, de récupérer mes muscles. Je me suis dit qu’il ne fallait pas être triste sur le moment et qu’il faudrait faire le bilan dans deux ans pour voir où j’en serais. J’ai eu deux moments compliqués: quand j’avais hâte d’aller en rééducation la première fois et que je n’arrivais pas à me mettre assis sur la table de kiné. J’ai mesuré la quantité de travail qui s’annonçait. Je me suis dit qu’il fallait prendre les choses par étape. Le deuxième moment, c’est quand je me suis debout avec un déambulateur et que je n’arrivais pas à me déplacer. J’ai eu 2-3 jours de réflexion. Et puis, je me suis remis dans l’état d’esprit où je ne voulais pas avoir de regret. J’ai tenté de marcher avec les béquilles et finalement c’était plus facile qu’avec le déambulateur. J’ai réussi à tenir en équilibre. Je pense qu’il faut voir à long terme. A court terme, à l’hôpital, on se demande ce qu’on fait là. Mais quand je raisonne dans le sens où j’ai 20 ans, je me suis dit que 2 ans de sacrifice n’étaient rien. 

Mais il y a aussi de l’incertitude dans le processus de rééducation..

Oui, c’est horrible. Parce que tu avances dans le noir en te disant que tu fais peut-être tout cela pour rien. C’est pour cela que je me suis dit qu’on ferait le bilan dans 2 ans. Je savais que ça prendrait du temps. C’est surtout qu’il ne fallait pas faire un bilan immédiatement. Et il s’est avéré que j’ai évolué. 

Quel regard tu poses sur tout cela, sur ton travail mental maintenant?

On peut se poser la question dans tous les sens. On peut parler de miracle, de chance, de travail physique ou mental. Je pense que mis bout à bout, les choses ont fait que je me retrouve aujourd’hui en train de marcher. Il y a peut-être une part de chance parce que j’ai récupéré les muscles du quadriceps. On peut parler de travail mental parce que j’ai réussi à l’exploiter, et aussi de travail physique parce que j’ai réussi à me mettre debout physiquement. Même moi, je me pose la question de si je n’avais pas fait ce travail mental. Maintenant, je le fais pour des petites choses. 

Donc tu es déterminé à explorer cette dimension mentale?

Oui. Avant, jamais je n’aurais pensé que si je n’étais pas suffisamment entraîné, j’aurais été prêt pour la compétition. Les sportifs ont du mal à aller explorer tout cela. Je pense qu’il faut être flexible et apprendre à s’adapter.

Est-ce que ton regard d’aujourd’hui a évolué sur le sportif que tu étais avant l’accident?

Carrément. Avant, je voyais un garçon qui était plus focalisé sur le travail physique que sur la préparation mentale. Si j’avais les capacités actuelles, j’aurais peut-être évité des blessures, je connaîtrais mieux mon corps donc j’aurais fait les choses différemment. 

 
Vous pouvez retrouver Axel sur son site internet: https://www.axel-alletru.com
 

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