Fabrication d’un champion de tennis

Psychologie du champion de tennis

Jan Silva_tennis

Quand on voit que Federer a explosé seulement à partir de 23 ans, on peut se demander à quoi cela sert de courir si vite quand il s’agit de partir à point.

L’épilogue de l’histoire démontre que ce parcours n’est pas si facile. Jan a maintenant sept ans.  Après avoir passé trois ans en France, la famille vient de repartir en avril 2009 en Californie avec leurs enfants. Ils ont annoncé avoir entamé une procédure de divorce. Le père Scott, aimerait se remettre avec sa femme  même s’ils sont en train de divorcer et se voit dans dix ans dans les tribunes de Wimbledon en regardant Jan sur le central, en tenant la main de sa femme, ou dans le pire des cas, en le regardant chacun de leur côté.

Mais il en est sûr, dans dix ans, sa prédiction verra le jour : « On se prépare pour quelque chose de grand » dit-il. Il est aussi utile de noter que les entraînements sont encore financés par l’Académie, qui garde un œil sur le petit, et s’est engagé à le suivre, à condition qu’il se développe comme ils veulent, auquel cas, ils ne l’aideront plus financièrement.

Les critiques fusent sur leur cas, et ils ne les comprennent pas.

Ils ne comprennent pas que leur enfant grandira et que sa passion pour le tennis devra forcément être intrinsèque et auto-déterminée pour cheminer ce parcours d’apprentissage dans de bonnes conditions.

Ils ne comprennent pas que l’on ne peut pas fabriquer un champion, parce que les sacrifices pour arriver à ce niveau sont nombreux et que leur enfant aura peut-être un jour le désir d’être comme les autres, de s’amuser avec des jeux de son âge, de grandir avec des enfants autour de lui sans la notion de compétition, et voudra connaître les joies de l’amitié et de l’amour qui pourront perturber son parcours et ses futures décisions.

Tout cela fait autant de paramètres qui ne peuvent se calculer à l’avance, qui ne peuvent pas prédire si un enfant de quatre ans, arrivera à bon port de l’ambition des adultes.  Et c’est tant mieux. On peut se demander ce que Jan Silva serait devenu, s’il avait grandit normalement, eu une vie équilibrée et avait pris le temps de devenir un bon joueur de tennis, avant d’être programmé à devenir champion. Peut-être comme Roger Federer?

A quoi sert la précocité?

Je me pose simplement la question, en regardant l’exemple d’autres joueurs qui ont réussi sans être spécialement précoce (Federer, Roddick, Djokovic, Murray etc). Est-ce que l’application d’un entraînement quasi-professionnel est nécessaire à un âge où l’on devrait se construire psychiquement, se créer son univers et développer ses propres rêves d’enfant.

L’histoire commence il y a trois ans.  Un enfant en âge d’aller à l’école maternelle, débarque dans une académie de tennis (pas besoin de la nommer), fraîchement arrivé des Etats-Unis, en plein décalage horaire, qu’il gère déjà comme un vrai pro. Il s’appelle Jan Silva, et affiche une décontraction épatante du haut de ses quatre ans.

À ses pieds, de toutes petites paires de tennis Nike, un bel équipement tout neuf de la même marque et une raquette plus grande que lui. Il est blond aux yeux bleus, la peau mate et démontre une facilité déconcertante à taper dans la balle. Il enchaîne les coups droits et revers et sa tête ne dépasse pas le filet.

Il a débarqué dans cette Académie pour devenir champion. Champion, le mot est lancé sans complexe. A quatre ans, on le prépare à devenir un champion, nécessairement hors norme. Quand on pense qu’à treize ans, Pete Sampras, apprenait encore à maîtriser son revers à une main. Jan, à deux ans, était déjà en train de fignoler sa trajectoire de balle.

A peine capable de marcher, Jan a appris le tennis à un an. Il savait renvoyer des balles à deux et se retrouvait catapulté comme le plus jeune joueur de tennis à intégrer une académie à quatre ans.

Jan n’a pas pris la décision seul. A cet âge-là, il n’est pas encore capable de faire ses lacets. Ses parents l’ont prises pour lui. Ce sera un déménagement de toute la famille de Californie jusqu’en France. Ils acceptent l’offre, évaluée à 140 000 dollars par an pour entretenir les dépenses personnelles et tennistiques de la famille entière. Ils vendent leur maison et tout ce qu’il y a dedans, leurs deux voitures et ne gardent que l’essentiel : des vêtements, des photos de famille, et entraînent leurs trois enfants (avec Jan, Kadyn, onze ans, et Jasmin, trois) sur la route de la gloire et de la fortune de leur petit frère.

Pour en arriver à mettre toute sa vie de côté, ainsi que celle de leur deux autres enfants, il faut avoir une conviction énorme, et même une certaine folie (pourquoi pas?).

En effet, ses parents le voient déjà gagner des grands chelems, et reléguer les records considérables de Roger Federer aux oubliettes. Jan évoque son rêve ultime : gagner Wimbledon, pas pour le prestige, mais parce que c’est le tournoi « où l’on peut gagner le plus d’argent »! On peut se demander comment un enfant de quatre ans peut-il décemment se rendre compte des sommes d’argent distillés sur le circuit pro, quand il ne sait même pas se représenter la valeur de l’argent ?

Faire pousser la graine du champion

Je me pose simplement la question, en regardant l’exemple d’autres joueurs qui ont réussi sans être spécialement précoce (Federer, Roddick, Djokovic, Murray etc). Est-ce que l’application d’un entraînement quasi-professionnel est nécessaire à un âge où l’on devrait se construire psychiquement, se créer son univers et développer ses propres rêves d’enfant.

L’histoire commence il y a trois ans.  Un enfant en âge d’aller à l’école maternelle, débarque dans une académie de tennis (pas besoin de la nommer), fraîchement arrivé des Etats-Unis, en plein décalage horaire, qu’il gère déjà comme un vrai pro. Il s’appelle Jan Silva, et affiche une décontraction épatante du haut de ses quatre ans.

À ses pieds, de toutes petites paires de tennis Nike, un bel équipement tout neuf de la même marque et une raquette plus grande que lui. Il est blond aux yeux bleus, la peau mate et démontre une facilité déconcertante à taper dans la balle. Il enchaîne les coups droits et revers et sa tête ne dépasse pas le filet.

Il a débarqué dans cette Académie pour devenir champion. Champion, le mot est lancé sans complexe. A quatre ans, on le prépare à devenir un champion, nécessairement hors norme. Quand on pense qu’à treize ans, Pete Sampras, apprenait encore à maîtriser son revers à une main. Jan, à deux ans, était déjà en train de fignoler sa trajectoire de balle.

A peine capable de marcher, Jan a appris le tennis à un an. Il savait renvoyer des balles à deux et se retrouvait catapulté comme le plus jeune joueur de tennis à intégrer une académie à quatre ans.

Jan n’a pas pris la décision seul. A cet âge-là, il n’est pas encore capable de faire ses lacets. Ses parents l’ont prises pour lui. Ce sera un déménagement de toute la famille de Californie jusqu’en France. Ils acceptent l’offre, évaluée à 140 000 dollars par an pour entretenir les dépenses personnelles et tennistiques de la famille entière. Ils vendent leur maison et tout ce qu’il y a dedans, leurs deux voitures et ne gardent que l’essentiel : des vêtements, des photos de famille, et entraînent leurs trois enfants (avec Jan, Kadyn, onze ans, et Jasmin, trois) sur la route de la gloire et de la fortune de leur petit frère.

Pour en arriver à mettre toute sa vie de côté, ainsi que celle de leur deux autres enfants, il faut avoir une conviction énorme, et même une certaine folie (pourquoi pas?).

En effet, ses parents le voient déjà gagner des grands chelems, et reléguer les records considérables de Roger Federer aux oubliettes. Jan évoque son rêve ultime : gagner Wimbledon, pas pour le prestige, mais parce que c’est le tournoi « où l’on peut gagner le plus d’argent »! On peut se demander comment un enfant de quatre ans peut-il décemment se rendre compte des sommes d’argent distillés sur le circuit pro, quand il ne sait même pas se représenter la valeur de l’argent ?

Jan_Silva_tennis

 Les répercussions sur cela sont incalculables et beaucoup plus dangereuses que ses parents ne peuvent l’imaginer actuellement. Ils vivent dans l’euphorie du talent de leur enfant, qui même s’il est indéniable, ne mérite pourtant pas de laisser tomber leur vie pour centrer toute la famille sur sa réussite.

On peut se questionner sur ce qu’ils appellent ses «  accès de colère », car Jan imite les grands et casse déjà ses raquettes quand il n’est pas content.

 

Alors, comment vont-ils gérer l’ego de ce petit roi ? 

A quatre ans, on lui offre déjà des contrats commerciaux (habits, raquettes), on lui a mis en place une équipe autour de lui, un futur manager, et plus encore. Les parents et les frères et soeurs ont abandonnés leur vie sociale et professionnelle pour assister à l’explosion de leur prodige programmée dans une quinzaine d’année.

Le devenir du champion?

En quinze ans, il y a le risque que ce projet autour du tennis, ne soit pas le sien. Combien d’exemples de joueurs(ses) de tennis n’ont pas réussi à percer à haut niveau car leur motivation était liée à l’envie de satisfaire leurs parents ou entraîneurs? Il faut souvent un parcours courageux du joueur pour se délivrer de toutes ses chaînes et des attentes parentales.

Ensuite, à quatre ans, si l’amusement est prépondérant, il faudra qu’il gère ensuite les parties moins récréatives que constituent les affres de la compétition, avec ses moments de réussite et de chutes. Même si l’enfant est incontestablement doué techniquement, on ne peut rien présager (et c’est tant mieux) de ses performances sur le circuit professionnel.

Alors que se passera t’il si cet avenir si prometteur ne se déroule pas dans ce scénario si bien ficelé par l’équipe ? A quoi le destinera t-on ? Ses parents assurent pourtant qu’ils accepteront si Jan ne veut plus jouer au tennis, pour redevenir un enfant « normal ». Mais ils continuent à penser que ce n’est pas tellement envisagé tellement il est spécial.

Pour le moment, l’enfant fait office de bête de foire, de phénomène hors norme, qu’a pu représenter le petit Richard Gasquet, en une de Tennis Magazine à seulement 9 ans. On voit combien le chemin d’un sportif professionnel n’est pas sans embûche et surtout qu’il ne suffit pas d’avoir un bon coup de patte pour réussir.

Il faut aussi de l’envie, du désir et du plaisir aussi (pour ne pas plagier un célèbre rocker français). J’ai peur qu’à ses 20 ans, il nous fasse un nouvelle version de Johnny Hallyday, et qu’ils demandent à ses fans qu’on lui donne « l’envie, l’envie d’avoir envie, qu’on allume sa vie ».

Enfin, à quatre ans, c’est amusant d’être sous les feux la rampe, d’être admiré par les médias et par ses parents comme un roi avec sa cour, mais bientôt l’attendent la pression de réussir. Car c’est le projet d’une famille entière qui repose sur ces épaules.

  • N’aurait-il pas pu continuer à s’amuser, à se faire des amis et en le dirigeant plus tard vers une académie de tennis ? 

  • N’auraient-ils pas pu attendre que l’enfant grandisse normalement, en s’entraînant près de chez lui et attendre le moment où il prononcera son envie de faire du tennis son métier ?

  • Que deviendra l’enfant et ses parents qui ont placés tant d’espoir, si le physique du petit ne tient pas ? Car on peut également se demander les répercussions à long terme d’une exploitation physique précoce (on voit le dégât sur le corps des gymnastes).

Quel intérêt de battre les records de précocité?

Quand on voit que Federer a explosé seulement à partir de 23 ans, on peut se demander à quoi cela sert de courir si vite quand il s’agit de partir à point.

L’épilogue de l’histoire démontre que ce parcours n’est pas si facile. Jan a maintenant sept ans.  Après avoir passé trois ans en France, la famille vient de repartir en avril 2009 en Californie avec leurs enfants. Ils ont annoncé avoir entamé une procédure de divorce. Le père Scott, aimerait se remettre avec sa femme  même s’ils sont en train de divorcer et se voit dans dix ans dans les tribunes de Wimbledon en regardant Jan sur le central, en tenant la main de sa femme, ou dans le pire des cas, en le regardant chacun de leur côté.

Mais il en est sûr, dans dix ans, sa prédiction verra le jour : « On se prépare pour quelque chose de grand » dit-il. Il est aussi utile de noter que les entraînements sont encore financés par l’Académie, qui garde un œil sur le petit, et s’est engagé à le suivre, à condition qu’il se développe comme ils veulent, auquel cas, ils ne l’aideront plus financièrement.

Les critiques fusent sur leur cas, et ils ne les comprennent pas.

Ils ne comprennent pas que leur enfant grandira et que sa passion pour le tennis devra forcément être intrinsèque et auto-déterminée pour cheminer ce parcours d’apprentissage dans de bonnes conditions.

Ils ne comprennent pas que l’on ne peut pas fabriquer un champion, parce que les sacrifices pour arriver à ce niveau sont nombreux et que leur enfant aura peut-être un jour le désir d’être comme les autres, de s’amuser avec des jeux de son âge, de grandir avec des enfants autour de lui sans la notion de compétition, et voudra connaître les joies de l’amitié et de l’amour qui pourront perturber son parcours et ses futures décisions.

Tout cela fait autant de paramètres qui ne peuvent se calculer à l’avance, qui ne peuvent pas prédire si un enfant de quatre ans, arrivera à bon port de l’ambition des adultes.  Et c’est tant mieux. On peut se demander ce que Jan Silva serait devenu, s’il avait grandit normalement, eu une vie équilibrée et avait pris le temps de devenir un bon joueur de tennis, avant d’être programmé à devenir champion. Peut-être comme Roger Federer?

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