Coronavirus: Psychologie du sportif face à l’incertitude

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Ce qu’il se passe actuellement est inédit et presque impensable. Le monde sportif est à l’arrêt et les athlètes se retrouvent sans entraînement, sans planning et pour certains sans perspectives de dates de compétition. Ils doivent faire face à une autre temporalité: Comment faire face à cette situation d’incertitude et d’anxiété? 

Je pense qu’il est nécessaire de comprendre les différentes phases émotionnelles qui vont être traversées durant cette période. La situation de confinement est une situation où le sportif se retrouve dans une situation presque similaire à celle d’une blessure: il n’a aucun contrôle sur la situation ni sur la date de reprise de l’entraînement et encore moins sur celle où il va retrouver son meilleur niveau. 

Un autre aspect primordial est aussi la perte des sensations corporelles générée par l’absence de pratique sportive habituelle. Il y a une peur de perdre ses repères de sensations. Rien ne peut remplacer le ressenti après fait l’entraînement, ni même les émotions traversées pendant une compétition.

 

Coronavirus, les réactions émotionnelles

En psychologie sportive, le schéma de Kubler-Ross parlant des différentes phases de deuil ont été adaptées pour expliquer les mécanismes psychologiques de la blessure sportive. Il me semble que cela peut être approprié (à quelques nuances près sûrement) de l’évoquer pour aborder les aspects psychologiques pendant le confinement. Ces phases peuvent être linéaires mais aussi évoluer avec des allers-retours entre les différentes phases.

 

Le choc et le déni

La première phase est celle du choc: le sportif ne comprend pas ce qu’il se passe, qu’on arrête les entraînements, qu’on annule les compétitions. Il y a une incompréhension de la situation (mais est-elle vraiment compréhensible?). La sidération prédomine car le sportif est face à une incertitude totale et à une perte de repères dû à son quotidien chamboulé.

La phase qui suit est celle du déni: certains sportifs peuvent refuser de croire à la réalité de la pandémie, à la dangerosité d’un virus où ils se sentent épargnés grâce à leur condition physique optimale. Certains peuvent ne pas se sentir concernés par les mesures restrictives du confinement. 

La colère et la négociation

La troisième phase est celle de la colère et de la négociation. Certains râlent, s’énervent face à l’absence de solution spécifiques, sont dégoûtés de devoir se plier à ces mesures en pleine préparation des prochaines compétitions (cela peut être encore plus compliqué pour ceux qui participent aux J.O). 

Le sportif (et l’entraîneur) cherche des solutions pour s’entraîner, quitte à mettre sa santé en danger (qui aurait à moyen/long terme encore plus de conséquences que de ne pas s’entraîner pendant plusieurs semaines).  

Les intensités émotionnelles négatives peuvent être variables, mais ceci peut être exacerbé par le sentiment de perte de temps, de gâchis d’une saison sportive avortée et d’objectifs qui sont irrémédiablement remis en question. 

Tout est remis en question car seule l’incertitude plane et personne ne peut venir leur donner une réponse à la question: Quand pourrons-nous reprendre nos entraînements? 

Il y a évidemment, dans cette phase, la recherche de coupable et le fait que personne ne cherche à trouver des solutions pour eux.

La tristesse et le désarroi

La quatrième phase est plus critique car les émotions négatives peuvent être prédominantes comme la tristesse et le désarroi . Il y a un manque d’activité physique qui se fait sentir dans le corps et le mental ne suit plus, car les perspectives d’avenir sont trop floues. Le sportif peut tourner en rond, ne pas respecter les plannings adaptés pour s’entraîner chez lui et peut aussi ne plus voir les solutions positives pour faire face à la situation. Il peut y avoir un sentiment de déprime. Pour ceux qui la traversent seuls, la solitude peut être aussi difficile à expérimenter. Pour certains, cela se concrétisera aussi par un repli, une tendance à se renfermer et à ne plus communiquer, parce que les émotions négatives sont trop intenses à gérer. 

La résignation

La cinquième phase est une amorce vers une adaptation à la situation: c’est la phase de résignation. Il y a une sorte de lâcher prise et une impression d’avoir tenté de trouver des solutions face à la situation. Face à l’impuissance de la contrôler (et que l’entraîneur ne puisse pas fournir une solution non plus), il renonce à l’idée de chercher des solutions et va plutôt chercher à s’adapter à la situation.

L'acceptation

La sixième phase est celle de l’acceptation, où le sportif peut avoir dépasser ses émotions négatives (ou pas..) et va établir une nouvelle routine. Il accepte que son quotidien est bouleversé par cette expérience du confinement et qu’il faut confronter la situation avec un nouvel état d’esprit. Comment occuper son temps de manière optimale? 

La recherche de solutions doit passer par l’adaptation à son environnement: Quelles routines mettre en place? Avec quel moyens? Sur quoi peut-il travailler pendant cette période (vidéos de matchs etc..). Enfin, ce peut être aussi un moment pour travailler l’aspect mental et pouvoir mettre en place des stratégies qui lui serviront plus tard (j’en parlerai dans un prochain article). Par exemple: travailler la visualisation (se focaliser sur ses sensations, revoir une compétition dans sa tête), travailler sur le relâchement. En bref, travailler sur lui-même: revoir ses objectifs, ses priorités, son investissement. 

La reconstruction

Enfin, la dernière phase est celle de la reconstruction. Celle où le sportif sort de la situation en ayant appris sur lui-même. 

Il aura peut-être appris à prendre soin de lui, de son corps et de sa tête. 

Il aura peut-être appris à faire face à ses émotions, parfois désagréables, mais qui ne sont que passagères. Comprendre qu’il vaut mieux apprendre à les apprivoiser. 

Il aura peut-être appris à mieux s’adapter à une situation où il n’a pas le contrôle.

Il aura peut-être découvert ses propres ressources mentales en faisant face à cette situation qui génère de l’anxiété et de l’incertitude.

 

Il aura peut-être découvert des ressources utiles pour faire face aux exigences de la compétition. 

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