Consommation de drogues, dépendance et dopage chez le sportif

Consommation de drogues, dépendance et dopage chez le sportif

dopageL’affaire Agassi va sûrement faire grand bruit dans le monde sportif. Un joueur de son envergure et ayant une image « propre » ternit aujourd’hui cette image de champion hors classe en révélant qu’il a pris de la métamphétamine. On peut se demander pourquoi il vient faire cette révélation, et ce qu’elle cache de la réalité de la consommation de drogue à un haut niveau. Cependant, l’amalgame est souvent fait entre prise de drogue (ou substance) et dopage parce que dans certains cas, la ligne de démarcation est très mince. Cependant, les mécanismes, les effets recherchés et conséquences méritent d’apporter une attention particulière sur la distinction à établir entre dopage, conduites dopantes, dépendance et toxicomanie.

Si tout à chacun peut prendre des substances en tout genre (drogues, etc) ce n’est pas le cas du sportif. Il est soumis à un contrôle sévère et à une hygiène de vie irréprochable, car le sport délimite très bien (en droit) les choses interdites ou non. Cela fait partie du code. Ainsi, le dopage, dans sa définition signifie qu’il est répréhensible d’utiliser des substances (ou actes médicaux) qui augmentent les capacités physiques et mentales du sportif. Avant de prendre un médicament, le sportif doit se référer au code mondial anti-dopage ou demander un certificat médical dans une procédure précise.

Dopage et effets recherchés

Plusieurs effets sont particulièrement recherchés dans la prise de substances : – augmenter la force et puissance musculaire ; – améliorer l’oxygénation ; –  modifier la croissance ; – améliorer la concentration ; – se dépasser ; – maîtriser le rythme de sommeil ; – perdre du poids etc.

Ce qui rend compliqué le cas du dopage sportif, est qu’il peut être malade et avoir besoin d’un médicament étant sur la liste des produits dopants. Pour cela, il peut avoir un certificat médical qui accorde la prise de produits. Cependant, des doutes subsistent sur l’usage, car par exemple, le salbutamol est utilisé par de nombreux sportifs, afin de soigner leur asthme, mais en réalité, ce produit permet d’améliorer le passage de l’oxygène dans le sang ou de masquer la prise d’autres produits, et donc à but d’améliorer ses performances. L’EPO est également un autre exemple de litiges entre sportif secrétant naturellement un taux d’hématocrite élevé et sportifs dopés.

Déterminants

On peut se demander comment un sportif arrive au dopage, ou à la consommation de substances, mais celle-ci a plusieurs déterminants. Tout d’abord, en fonction du contexte familial et social, un sportif pourra être influencé par des amis, connaissances qui ont à disponibilité un certain type de produit. Il y a en effet, un apprentissage social important, où chaque sportif qui a déjà utilisé des produits entraîne d’autres dans son sillage. Deuxièmement, la prise de produit vient parfois palier un manque de lien dans la structure familiale. Prendre quelque chose viendrait combler un vide qui est à analyser dans l’histoire de chaque sportif. Enfin, une relation a été établie entre trait de personnalité (orientée vers la recherche de sensation) et la conduite de dépendance.

Dopage, drogues, autres substances et mécanismes psychologiques

Les mécanismes psychologiques qui expliquent le dopage et les conduites dopantes, voire l’addiction sont nombreux. Avant tout, il faut analyser l’effet initial qui est recherché. Pour de nombreux produits, il s’agit d’un effet positif sur l’image de soi et aussi une amélioration de l’estime. En se voyant plus musclé, plus fort, le sportif construit une image d’invincibilité propre à se confronter à la compétition sportive. D’autres produits aident à gérer l’anxiété ou le stress de la compétition en ayant un effet de relaxation, de bien être, qui amène également à la confiance en soi.

Ensuite, certains produits permettent de ne pas se confronter à la douleur, et ainsi de faire face aux difficultés vécues dans certains sports, où la douleur est omniprésente (par exemple, le marathon). Se voir ainsi capable d’affronter toutes les épreuves permet également un renforcement de son estime. Enfin, d’autres substances sont plus récréatives et utilisées dans la recherche du plaisir. Le sportif oscillera donc entre la recherche du binôme plaisir-douleur, propre à la logique sportive, qui est pour certains un besoin et un phénomène d’addiction en soi. Il va s’en dire que pour beaucoup de sportifs (bien souvent dans l’adolescence), la recherche de sensation extrême et la curiosité autour d’un produit peut amener également à essayer pour voir, pour tester les effets. Chacun y trouvera ainsi des effets poussant le corps à dépasser ses limites, comme pour l’expérience sportive.

Des produits similaires

D’autres produits sont plus délicats pour tracer une ligne ferme entre dopage, prise de drogues (ou substances dopantes). Par exemple, la prise d’amphétamine, permet un effet stimulant et apporte une diminution de l’effet de fatigue, et possède également des effets psychologiques importants comme une euphorie et confiance en soi exagérée qui est peut être bénéfique chez le sportif. Un peu comme dans le cas d’Agassi, la prise de métamphétamine, permet d’avoir une euphorie, qu’il décrit bien : « Je ne m’étais jamais senti aussi vivant, plein d’espoir et avec autant d’énergie», mais reste à déterminer, s’il prenait cela d’une manière à améliorer ses performances ou non. C’est alors que l’on peut voir simplement l’exemple d’un être humain, qui à un moment donné de sa vie, s’adonne à la consommation de drogue dure, pour palier à des problèmes dans sa vie (en procédure de divorce et au plus bas physiquement), ne l’ayant pas consommé régulièrement, et donc  il est peu probable qu’il ait eu la ferme intention d’arriver totalement euphorique sur un court de tennis.

Il faut également prendre en compte les effets secondaires (comme l’anxiété, l’agitation, baisse de concentration, léthargie) ou voire même de paranoïa et hallucinations peuvent être fatales pour un sportif.

D’autres produits sont  également utilisés à la fois en tant que dopante ou récréative, ainsi, l’alcool ou l’utilisation de béta-bloquants peuvent aider à vaincre le stress de la compétition. Plus largement, ce que l’on nomme les drogues festives ou récréatives, peuvent faire partie de conduites dopantes en fonction de leur utilisation. Ainsi, la cocaïne fait partie des produits interdits, mais peu de cas nous permettent de savoir si des sportifs l’utilisent à des fins d’amélioration de la performance. L’exemple du « pot belge » (mélange d’amphétamines, antalgiques, héroïne et cocaïne) permet de comprendre le lien à la performance, en recherchant les effets combinés d’euphorisant (amphétamines, cocaïne) et de vaincre les sensations de douleur (antalgiques, héroïne). De nombreux cyclistes ont déclaré prendre des pots belges pour s’amuser, en dehors des compétitions, dans des soirées ou mariage. Ce qui parfois, amène un sportif à un usage fréquent, voire à une dépendance.

Toxicomanie du sportif

Dès lors, un glissement peut s’opérer entre prise de produits dopants (ou drogues) vers la toxicomanie. Frédéric Nordmann l’évoque en disant « : je faisais un footing, et je me suis demandé pourquoi je le faisais. J’avais très mal ! J’étais en train d’aller au-delà des limites normales du footing et je ne savais pas pourquoi. Je me suis arrêté net et j’ai été prendre ma douche. Puis, tout a été très rapide, je suis devenu toxicomane… à l’héroïne ». Pour William Lowenstein, le sport interviendrait de la même manière qu’un stupéfiant comme remède à la souffrance corporelle ou psychique. D’un côté, le sport, pratiqué au quotidien comme une mécanique répétitive, empêcherait « la pensée douloureuse » et l’anesthésierait comme peut le faire l’héroïne. De l’autre, le dépassement des limites physiques provoque la sécrétion de véritables drogues intérieures.

Ainsi, on retrouve 15% d’anciens sportifs (haut niveau, sport études) devenus toxicomanes, car l’arrêt de la compétition est souvent un moment critique où le sportif est plus fragile, et s’il a déjà pris des produits auparavant, bascule parfois dans la toxicomanie. Il apparaît que des moments particuliers (arrêt de carrière, échec de compétition, blessures) peuvent être des éléments déclencheurs à la prise de produits. Claire Carrier évoque la drogue comme une suite logique à la prise de produits dopants : « Le dopage est de l’ordre de la toxicomanie spécifique du sport. C’est la porte ouverte, la libre entrée, la continuité totale de conduites où finalement l’on ne vit pas, où l’individu ne peut rien ressentir seul. Alors, pour se supporter, il faut être sous l’effet de tel ou tel produit exogène. » Un avis que Frédéric Nordmann résume ainsi : « On n’imagine pas une vie de sportif sans chimie. Dès lors, quel que soit le produit absorbé, le sportif a un comportement de toxicomane. La démarche induite par le sport de compétition et par cette prise de produits est une démarche toxicomane. »

Le cas des sportifs amateurs

Pourtant, les drogues et le dopage n’est pas présent que dans le sport professionnel. Peu d’études portent sur la question, mais des analyses ont avéré que la prise de produits dopants a lieu à des niveaux moins importants de compétition. Le sportif amateur se dope, se drogue et cela passe inaperçu (ou presque). Dans ce cas-là, il est répréhensible qu’à un niveau moral, et certains usent donc de produits à des fins de briller dans des compétitions régionales, de faire la une du journal local ou encore d’être bien vu dans son entourage. Chez le sportif amateur, le recours aux médicaments (légaux) est souvent une porte d’entrée à une conduite dopante ou addictive, puis peut découler vers la prise d’autres produits. La créatine, en est un bon exemple. De nombreux sportifs amateurs ont recours à des stimulants, des narcotiques et anxiolytiques permettant d’affronter la compétition dans de meilleures conditions et de les aider psychologiquement. C’est une sorte de béquille qui donne l’impression que sans ses produits, on ne peut pas y arriver autant. Mais ce dopage-là, est parfois plus inquiétant, car le sportif peut se procurer dans les salles de sport ou sur internet, des produits qu’ils combinent à leur sauce et qui peuvent avoir des effets désastreux sur la santé.

Des solutions ?

S’il existe de nombreuses études sur les rapports entre dopage, drogues, toxicomanie et sport, tous s’accordent à dire que le travail de prévention est primordial pour éradiquer (ou diminuer ce problème). Il s’agit avant tout de comprendre les mécanismes qui sous-tendent ces conduites et amener les sportifs à répondre aux sollicitations et à la tentation de prendre ses produits d’une manière individuelle.

Cela passe par laide psychologique : avoir quelqu’un à qui s’adresser en cas de problème, évite que le sportif ne tombe dans un palliatif. Souvent le manque de communication (savoir comprendre pourquoi on est moins performant, gérer ses blessures) est un facteur qui emmène vers une conduite dopante. Ensuite, il s’agit de renforcer l’estime et la confiance en soi, pour penser que l’on n’a besoin de rien d’autre que de ses capacités pour atteindre des performances. Il s’agirait avant tout de responsabiliser plus le sportif sur sa gestion de l’entraînement et des compétitions. Enfin, il faut sensibiliser sur les conséquences néfastes sur l’organisme et l’équilibre psychique et adopter une attitude saine. Il faut ajouter qu’un suivi psychologique, très tôt dans la carrière d’un sportif, pourrait amener à une écoute des forces et faiblesses, et cerner aussi ses ressources psychologiques pour faire face à la compétition, comme remède contre le recours aux produits miracles.

Conclusion

Le dopage, ni la prise de produits dopants, n’est pas seulement l’affaire des sportifs professionnels, il découle d’une logique de performance, de réussite à tout prix, qui est dans l’air du temps.

En conclusion, on voit bien que le dopage du sportif est un sujet délicat et qu’il ne faut pas amalgamer la prise d’un produit dans une pratique dopante. Les sportifs sont avant tout des êtres humains, qui sont soumis à des situations exceptionnelles parfois, et où les tentations sont présentes. Dans le cadre de sacrifices permanents et d’une hygiène de vie irréprochable, il est compréhensible que certains sautent le pas et prennent d’une manière occasionnelle un produit faisant partie des produits dopants. Ceci relève de déterminants sociaux et psychologiques précis, que l’on peut analyser au cas par cas. Quoiqu’il arrive, et que quelque soit la voie empruntée, la prise de produit amène à des conséquences néfastes sur la santé physique et mentale. Des témoignages d’anciens dopés à l’EPO révèlent comment leur vie est encore bouleversée, par des rythmes de sommeil perturbés, et par conséquence, on relève de nombreux arrêts cardiaques comme effet secondaire du dopage.

Le dopage, ou l’abus de substances amènent des modifications importantes sur le corps qui peuvent avoir des effets retardés, des conséquences psychologiques dramatiques et descendre considérablement l’espérance de vie d’un sportif (ex : 55 ans chez les footballeurs américains dans les années 90).

Un numéro vert « Ecoute dopage » (0800 15 2000), numéro gratuit, a été mis en place et permet une écoute confidentielle et anonyme. Il fonctionne du lundi au vendredi de 10h à 20h et est dirigé par une équipe de psychologues du sport et médecins.
Pour plus d’infos, voir le site info dopage http://www.dopage.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.