Open – André Agassi

Open – André Agassi

openJ’ai décidé d’acheter la biographie d’Agassi, non pas pour les révélations qui y sont sorties dans la presse, mais bien plus pour voir comment Agassi qui prétendait avoir détesté le tennis, a construit son histoire subjective.

D’un point de vue psychologique, ce livre est une véritable introspection du joueur, qui livre bien ses contradictions: détester le tennis et avoir envie de tout gagner « Je déteste le tennis, je le hais de tout mon coeur, et cependant je continue de jouer, je continue de frapper des balles (.) parce que je n’ai pas le choix ». N’a-t-il vraiment pas eu le choix?

J’ai beaucoup aimé sa formule  « Faites que tout cela finisse. Je ne suis pas prêt à ce que tout cela finisse » (p12). On se demande tout au long du livre, ce qui a fait tenir Agassi, et comment il peut détester le tennis à ce point. On comprend qu’il commence à l’aimer , à partir du moment où il décide de construire une école d’excellence (Agassi prep), lui qui annonce avoir aussi détesté l’école. En s’investissant dans ce projet de grande envergure et pour l’éducation des enfants, il découvre la raison d’être joueur de tennis: financer son école.

Dans ce livre, il n’explique pas en profondeur ses contradictions, il se contente de les exposer, et en cela c’est déjà un témoignage d’humilité. Combien d’autres sportifs en sont arrivés à pratiquer un sport pour d’autres (parents, entraîneurs..). Cependant, tous ne réussissent pas. Agassi a réussi et on peut se demander ce qu’il en aurait été s’il avait réellement été passionné. Peut être pas un champion finalement. Il précise: Cette contradiction entre ce que je souhaite et ce que je fais en réalité ressemble au coeur même de mon existence« .

La vie d’Agassi enfant, ressemble à un long parcours solitaire: « J’ai 7 ans et je parle tout seule parce que je suis effrayé et parce que je suis le seul qui veuille bien m’écouter » (p41) ». Personne ne l’écoute, et c’est bien ça qu’il le fera être au devant de la scène. Il ne sera peut être pas plus écouté, mais vu.
En ce sens, il me fait penser à cet enfant dont j’avais fait le portrait (fabrication d’un champion), où l’on se demande si le projet des parents est de rendre heureux son enfant ou de façonner un champion sur mesure pour leur bonheur à eux.

Ce n’est pas l’enfant qui rêve d’être champion, mais son père, qui choisit sa maison en fonction du terrain pour y construire un court. Tout est fait pour que le petit réussisse. Il dépeint des scènes cocasses (son père ayant fabriqué un mobile fait de balles de tennis quand il était bébé, ses raquettes de ping-pong où il avait le droit de tout frapper, casser).
L’ambition d’être numéro un était affiché par son père dès son apprentissage. Ce rêve fou se réalisera, mais à quel prix pour Agassi?
Le père est dans la démesure, pari de l’argent sur son fils, lui donne des amphétamines, l’envoit à contre coeur chez Bolettieri. Là encore, une similitude, il détestera Nick Bolletieri autant que son père, mais continuera à faire bonne figure.

Agassi se dépeint comme un rebelle aux yeux des médias (par ses tenues extravagantes, coupe de cheveux), mais au fond il ne semble n’avoir jamais réussi à se rebeller contre ceux qui ont décidé pour lui.
Il ressort de ce constat amer une tendance masochiste: « J’ai intériorisé mon père, son impatience, son perfectionisme, sa rage, au point que sa voix n’est plus très différente de la mienne, je l’ai faite mienne, à présent. Je n’ai plus besoin que mon père me torture. A partir de ce jour, je vais m’en charger moi même ». On comprend bien ses  phases d’auto-destruction qu’il dépeint très bien avec sa prise de drogues. Mais il montre sa force mentale également: il finit par surmonter toutes ses épreuves, grâce à une énorme capacité à affronter l’adversité.

Heureusement pour lui, sa vie est faite de belles rencontres. Celle avec Gil, son coach-préparateur physique qui deviendra son père de substitution. Il décrit sa rencontre avec lui :« Je lui dis que ma vie ne m’a jamais appartenu, pas un seul jour. Elle a toujours appartenu à quelqu’un d’autre. A mon père pour commencer. Puis à Nick. Et toujours, toujours au tennis. Même mon corps ne m’appartenait pas jusqu’à ce que je rencontre Gil, qui fait la seule qu’un père est censé faire: me rendre plus fort ».
Il parle également de la rencontre avec Brad Gilbert, qui devient son mentor et qui le suit quoiqu’il arrive et qui le dirige à coup de « Contrôle ce que tu peux contrôler ». J’ai trouvé ça intéressant que Brad déclare à Agassi : « On a fait un superbe bout de chemin ensemble, mais la fin est proche. On commence à stagner. On va manquer de créativité. Mon sac à malice est vide (p441). Cette preuve que l’entraîneur ne peut pas toujours aller au bout du chemin avec un sportif, et qu’il reconnaît qu’il est temps de passer la main.

Il y a aussi la rencontre avec avec sa future femme Steffi Graf, qui vient donner du positif à son récit.

Enfin, on a quand même l’impression que son père décide aussi de la fin de sa carrière:« il me supplie de prendre ma retraite, a hâte que j’en ai fini avec tout ça, qu’il n’ait plus à me voir souffrir »

C’est donc un récit bouleversant qu’Agassi nous livre, et qui réussit à faire aimer ce personnage qu’il s’est créé et l’homme. Dans sa duplicité, Agassi nous livre un bon témoignage sur ce qu’est l’être humain.

Présentation de l’éditeur

 » J’ai sept ans et je parle tout seul parce que je suis effrayé et parce que je suis le seul qui veuille bien m’écouter. Je murmure entre mes dents. Abandonne, André, laisse tomber. Pose ta raquette et va-t’en de ce court, immédiatement. (…) Est-ce que ce ne serait pas une bonne idée ? Est-ce que ça ne ressemblerait pas au paradis, André ? De laisser tomber? De ne plus jamais jouer au tennis? « 
André Agassi déteste le tennis. Il a joué pendant vingt ans, poussé par un père tyrannique, s’est battu, porté par la rage de vaincre, il a gagné souvent, échoué parfois, mais surtout il a toujours électrisé les foules. Et l’engouement du public pour l’athlète doit beaucoup à l’homme qu’il est, son charisme et sa force, sa vérité. Et c’est ainsi qu’il se livre ici, sans concession ni masque, sulfureux parfois, humain surtout. De ses erreurs à ses conquêtes, du chaos punk des années 1980 à sa Fondation dédiée aux enfants défavorisés, le  » kid de Las Vegas  » revient sur son parcours extraordinaire, celui d’un homme qui a choisi d’utiliser son succès pour changer le monde.

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