Psychanalyse du sportif d'endurance
Les livres qui mêlent pratique sportive et la psychanalyse sont assez rares. Ce livre de Florence Puklavec suscitait mon intérêt car c’est une théorie qui mériterait d’exister plus dans le champ sportif et que j’ai moi-même une curiosité pour cette approche .
Cette auteure a donc tenté de comprendre la psyché du coureur, étant elle-même pratiquant de course à pied, et s’est demandé si les activités de sport d’endurance pouvaient être éclairées à travers sa dimension inconsciente. Son hypothèse était de comprendre à travers les témoignages d’une vingtaine d’athlètes, si le sport d’endurance pouvait aider à se découvrir soi-même et à construire son identité.
Dans la première partie, quelques rappels sont faits sur la théorie psychanalytique appliquée à la pratique sportive. Dans les sports d’endurance, il y a l’idée de franchissement de limites, car l’athlète part nécessairement vers un saut dans l’inconnu, “une distance qu’il ne parcourt que le jour de la course”. Pour l’auteure, la logique compétitive vient se placer en Idéal du Moi (Boyon, 1990). Il est question de satisfaction corporelle “entre plaisir du mouvement et jouissance excessive”, mais aussi de rapport à l’Autre (l’entraîneur, les autres compétiteurs).
L’auteur prend appui sur ses propres expériences pour décrire l’angoisse avant la compétition, comme “un vide interne et intense demandant à être comblé comme une urgence ». Car c’est de cela qu’il s’agit, d’expérience intime. Elle explique l’attachement à l’entraîneur et le transfert et contre-transfert en jeu dans la relation athlète entraîneur. Il y a également la rivalité à l’autre. Mais la spécificité du sport d’endurance serait avant tout un rapport à soi, de prouver ses propres limites et ce point d’inconnu: “Les 10 derniers kilomètres sont ceux au cours desquels le compétiteur sent l’accumulation de l’effort et où il quitte l’aisance pour entrer dans l’inconnu; ce qui est appelé l’au-delà du plaisir, la jouissance”.
L’athlète construirait, ainsi, son identité à travers sa pratique. Elle aborde également les risques de cette pratique intense: la construction d’un faux self, le dopage ou encore l’addiction au sport.
Dans la deuxième partie, elle se repose sur des témoignages d’athlètes qui font très bien le lien avec la théorie, à partir d’une démarche qualitative.
Ces athlètes expliquent, en quoi leur pratique peut leur permettre de cheminer vers ce qui constitue leur identité.
Il est question de quête (symbolisée par le manque), d’éprouvés corporels et émotions ressentis.
Bien souvent, la rupture, le deuil réactive un manque comblé par cette activité. Ou encore après avoir vécu une maladie, cela devient une manière de sublimer son corps meutri.
Enfin, il existe aussi la présence forte du Surmoi qui oblige l’athlète à correspondre à un exigence externe (maigrir, arrêter de fumer).
Cette deuxième partie m’a paru plus intéressante, car plus concrète avec les paroles des athlètes.
Je vous conseille ce livre, tout d’abord, parce que c’est un moyen de connaître un autre point de vue sur la pratique sportive avec une théorie qui est peu explorée jusqu’à ce jour.
Cependant, je me demande s’il est facile à comprendre pour un public non averti par ces théories. Non pas qu’il soit complexe en soi, car l’auteure est très pédagogue dans ses propos, mais parce que certaines théories mériteraient une explication plus approfondie.
Un livre qui parlera à tous les passionnés de sport d’endurance et qui pourront explorer la question de leur identité!